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dimanche 2 octobre 2016

Au pays d'Ubu

 Ça y est, l’ado est entrée au lycée.
Le jour de la pré-rentrée, elle a découvert ses deux profs principaux : le prof de gym et le prof de maths ! Le grand écart scolaire. L’eau et le feu. L’anti-thèse et la foutaise.
Pour l’anecdote, avant même qu’ils ne se présentent, l’ado et son BFF, les avaient déjà reconnus.
-         Ils ont pas eus besoin de se présenter (morte de rire) on a su tout de suite qui était qui !
-          ???
-         Le prof de gym il s’y est repris à 3 fois pour compter les élèves. Il arrive pas à compter jusqu’à 31 d’un seul coup (pleure de rire) ! Donc celui là on a tout de suite su qu’il était pas prof de maths ! Où alors on était mal barrés !
-         Et le deuxième ?
-         Ah bin lui on a eu qu’à l’écouter parler. Il fait une faute de français par phrase. Donc en toute logique : il était pas prof de français, hu, hu, hu ! Et comme il comptait plus vite que l’autre, on en a déduit que c’était le prof de maths.
Ils sont futés ces gamins.
Bon, mais revenons à nos trochlées. Donc, le prof de gym, a bien expliqué que TOUS les élèves doivent faire gym. Même les dispensés. Et là, y’a eu comme un vent de panique chez l’ado et son BFF, qui selon le théorème de « qui-se-ressemble-s’assemble » sont tous les deux dispensés de gym. Du coup, prenant leur courage à deux mains, ils sont allés aux infos, à la fin du cours. Le verdict a été sans appel : Tout le monde en cours.
 
ACTE I : ETUDE DE TEXTES
Dans sa grande mansuétude, l’Education Nationale ne veut laisser aucun enfant sur le bord du chemin. Ce qui est louable. Et donc de ce fait, demande aux enseignants de sport, d’impliquer TOUS les enfants, y compris les malades, handicapés, empêchés de… en leur proposant des activités adaptées. Ça c’est ce qu’a expliqué le prof aux enfants. Exemples :
Au BFF de ma fille, qui a mal aux talons, il a expliqué qu’il pourrait faire de l’escalade, parce que « c’est un sport qui ne sollicite pas les talons ».
Et à ma fille, il a expliqué qu’elle pourrait aider à monter et démonter les pyramides humaines (au 1er trimestre, ils font acrosport).
Et c’est là qu’on est pas d’accord l’Educ’ Nat’ et moi.
Mais passons. Voilà où l’on en était à l’issue de la première journée.
 
ACTE 2 : A MOI DE JOUER
Quelques jours plus tard, l’ado m’annonce qu’elle a rendez-vous avec le médecin scolaire (comme je l’avais demandé dans le formulaire d’inscription au lycée).
-         Et moi ?
-         Quoi toi ?
-         T’y vas toute seule chez le médecin scolaire ?
-         Apparemment oui, toi t’es pas invitée.
-         Et tu vas savoir quoi lui dire ?
-         Bin non, justement, va falloir que tu me redises les mots. (sort une feuille de papier) Comment t’écris : displasi ?
-         D-Y-S-P-L-A-S-I-E-F-E-M-O-R-A-L-E
-         Ok et troklé ?
-         T-R-O-C-H-L-E-E-S. Tu sais quoi, je vais demander à venir avec toi
Le lendemain, je me pointe au lycée et on m’envoie dans le bureau de l’infirmier – apparemment c’est avec lui que l’ado a rendez-vous, le lendemain.
On discute. Il sait à peu près de quoi il parle, pose des questions pertinentes et propose la clé de l’ascenseur et un coupe file pour la cantine, sans que je n’ai rien demandé. Ensuite, il me dit qu’il va en parler avec le médecin scolaire et qu’ensemble ils décideront si l’ado peut être dispensée de présence aux cours de gym. Une sorte de super-dispense qui m’arrangerait pour deux raisons : 1 – je n’aurais plus à m’inquiéter de ce qu’on pourrait lui demander de faire en cours et 2 – je pourrais lui caser deux heures de kiné le mercredi matin.
Il me demande un courrier du kiné et veut quand même rencontrer l’ado le lendemain pour mettre un visage sur son nom et discuter avec elle d’éventuelles difficultés pratiques qu’elle pourrait rencontrer dans le lycée. Sympa de sa part. Le lendemain, la rencontre se passe super bien. Et le surlendemain j’apporte la lettre du kiné. Il y jette un  œil distrait, l’agrafe au dossier et annonce :
-         De toute façon c’est bon, elle est autorisée à ne pas aller en cours, j’ai vu le médecin scolaire hier, tout est réglé.
OUF
 
 ACTE III : AU PAYS DE UBU
Hier soir. Réunion parents-profs. Quand vient le tour du prof de gym, il explique que TOUS les enfants doivent venir en cours. Bon, ça c’est OK, on a bien compris. Mais, il ajoute une variante :
-         Dans certains lycées, il y’a des cours spécifiques pour les dispensés de 17 à 18 h, où ils font des activités adaptées : fléchettes, jonglage ou mime. Ici on n’a pas ça, mais on leur fait quand même faire des choses. Donc pas de passe-droits : tout le monde vient en cours.
A la fin de la réunion, je vais le voir (extraits)
-         Vous avez reçu le mail du médecin scolaire, qui la dispense de venir aux cours ?
-         Ah non. Mais je n’aime pas cette façon de faire ! Je n’aime pas qu’il y ait deux poids, deux mesures, tout le monde doit venir ! Je n’ai rien contre vous, mais ça ne se fait pas, je n’ai même pas été concerté !
-         Je n’ai rien contre vous non plus mais j’ai suivi la procédure : j’ai rencontré l’infirmier, qui m’a proposé de la dispenser de présence et qui, étant donné son cas, en a discuté avec le médecin scolaire, qui a tranché.
-         Mais je lui ai proposé des activités adaptées ! (je précise ici, que le prof n’a pas été fâché de cette conversation, plutôt triste de ne pas être consulté)
-         J’entends bien, mais quelles sont vos compétences médicales pour juger si telle ou telle action peut être compatible avec son problème ? Que savez-vous des conséquences que pourraient avoir une blessure ?
-         …
-         Vous savez on ne fait pas 5 h de kiné par semaine pour le plaisir, encore une fois ce n’est pas contre vous, mais si vous flinguez tout ce travail pour obéir à un texte je ne vais pas être d’accord du tout.
-         Oui, je comprends…
-         Et comprenez aussi, que le médecin scolaire ne prenne pas la responsabilité de l’envoyer en cours. Je conçois que ça soit difficile à admettre, parce que quand on la voit là, on n’imagine pas qu’elle ait un problème, mais si le spécialiste le dit, le kiné aussi et même le médecin scolaire…
-         De toute façon le médecin scolaire a tranché, donc…
-         Oui voilà… Mais si vous tenez absolument à lui mettre une note elle peut vous faire un devoir écris ?
-         Mais je ne suis pas prof de lettres je suis prof de gym !
-         Ok…
 
MORALE
Pour l’Education Nationale, une dispense établie par un médecin ne suffit pas. Et ça, soyons francs : je ne peux pas le comprendre. Je ne VEUX pas le comprendre. Toujours pas, même après 4 années de prise de tête. Enfin, la bonne nouvelle cette année, c’est qu’on est tombées sur une équipe moins butée que les autres, plus humaine aussi (ou plus trouillarde ?). En tout cas le résultat est là : mercredi, elle ira chez le kiné, au lieu d’aller en cours et ça c’est déjà une victoire. A moins que d’ici là …
 

dimanche 29 mai 2016

Il manque un mot

Chers Najat V.-B., Petit Robert, Bescherelle (ta mère), Julien Lepers, Maitre Gims et tous les intellectuels de bonne volonté.
        
Je voudrais solliciter votre aide car il manque un mot à la langue de Molière. Figurez-vous qu’il y’a de ça une quinzaine de jours, autour du 1er mai, alors que je patientais sagement chez le kiné, avec l’ado, il m’est venue l’idée de faire un petit courrier. Une sorte de récapitulatif de ces 4 années passées au cœur du système éducatif français. Il était destiné à l’Inspection Académique et, peut-être aussi, à toi Najat (il faut d’ailleurs que je me grouille car j’ai peur que tu ne sois plus ministre d’ici que j’ai fini de l’écrire). Mais dès les premières lignes, je me suis rendu compte que je n’avais pas de mot pour qualifier le cas de ma fille, qui je le rappelle, bien que je sois certaine que vous lisiez mon blog (comment ça quel blog ?!) a les trochlées plates.
Vous qui êtes supérieurement instruits et/ou intelligents, vous saurez sans doute, éclairer ma lanterne. Quel terme puis-je employer ?
-         Handicapée ? Elle n’a QUE les trochlées plates, du coup le mot semble un peu fort, non ?
-         Invalide ? Bof, moi je trouve que c’est un mot qui a une connotation un peu trop militaire.
-         Invalide intermittente ? Intermittente de l’invalidité ? Je cherche hein…
-         Empêchée de ? Inapte ?
J’ai beau chercher, je ne trouve aucun mot qui convienne à quelqu’un qui souffre d’une malformation des genoux. Nous sommes d’accord, vous et moi, pour dire que « malformée » n’est pas envisageable ?
Il est donc clair qu’il manque un mot spécifique.
Je vous laisse y réfléchir et poster vos réponses sur le blog.
Amicalement
Andréa, de A à Z

 

PS : Aujourd’hui cela fait une quinzaine de jours, que j’écris ce courrier. Je l’ai pensé, réfléchi, modifié, enrichi et puis, en le relisant, j’ai réalisé qu’il faisait plus de 20 pages ! J’ai peur que cela ne soit trop long pour un courrier et même pour une note de blog. Alors que faire ? Un livre ?

mercredi 20 avril 2016

Y'avais longtemps !

Ahhhhhhhhh y’avais longtemps… Longtemps qu’on n’avait pas eu une réflexion-à-la-con. Et pourquoi qu’on avait plus eu de réflexions-à-la-con ? Parce que l’ado avait fait un effort, elle avait pris sur elle et cessé de feignasser : elle avait repris le sport à l’école.

En octobre, on avait revu le spécialiste et il avait dit, je cite : « on va tenter avec une semi-dispense ». Donc, j’avais pris rendez-vous avec la prof – et repris mon bâton de pèlerin – pour expliquer le cas de mon ado. Coup de bol, cette année, sa prof était une p’tite nana super sympatoche, qui, je dois l’avouer a fait très attention aux genoux de mon bébé.

Mais, à l’aube du 3e trimestre, le programme prévoyait un cycle foot et rugby. Ça sentais le cramé pour les genoux. Nous sommes donc retournées voir le spécialiste pour connaitre son avis. Et là, catastrophe. Son verdict a été sans appel : ça ne va pas du tout, qu’il a dit. Les genoux sont en piteux état, non seulement le foot et le rugby c’est « niet », mais en plus y’a plus de sport du tout. Repos total. Kiné spécialisé. La totale…

Ce matin, après 15 jours de vacances, l’ado va au bureau faire valider sa dispense. Et là, elle a eu droit à la petite leçon de morale maison.
 
-         Hélène m’a dit de faire bien attention pour le brevet, de voir s’il ne me restait pas des épreuves à faire. Parce que du coup si je ne les fais pas ça va me pénaliser. C’était gentil de sa part.
-         Non.
-         Quoi non ?
-         Non, ce n’était pas gentil de sa part.
-         Ah ?!
-         Ça veut dire que si tu n’as pas déjà toutes tes notes, tu vas être pénalisée pour le brevet, et ? qu’est-ce qu’on peut y faire ? Que tu sois pénalisée ou pas c’est comme ça, on n’y peut rien. Tu ne peux pas faire de sport. Donc, encore une fois, elle essaie de te culpabiliser genre « dis donc ma cocotte faudrait voir de faire un effort, c’est pour le brevet ! Le coup de la dispense du 3e trimestre, quand il fait beau et chaud, on me l’a déjà faite. Tu glandouilleras pendant les vacances ». Ce n’est pas « gentil ». C’est con.
-         J’avais pas vu sa comme ça…

Justement, c’est bien là le cœur du problème : elle n’a pas vu ça comme ça. Du haut de ses 14 ans, elle prend les choses au pied de la lettre. Elle écoute, elle obéit. Et qu’on puisse manipuler un enfant comme ça, je vous le dis franchement : ça me dézingue. Y’en a qui tire au flanc, y’en aura toujours, on l’a tous fait à un moment ou à un autre et je ne dis pas – pas du tout – que mon ado est parfaite et qu’elle n’est pas partisane du moindre effort. C’est une ado. Mais là, ça fait 4 ans qu’on leur explique qu’elle NE PEUT PAS faire de sport et c’est toujours pas rentré dans leurs têtes.
 
-         Et je vais même te dire mieux, ça fait 4 ans, qu’on te rabâche que ta dispense va poser problème pour le bac. Que tu seras obligée de faire l’épreuve de sport ! 4 ans qu’on t’explique – qu’on nous explique – que c’est en quelque sorte une fleur qu’ils te font, en te laissant tirer au flanc, parce que c’est le collège et que du coup c’est pas trop grave. Mais qu’ils ne sont pas dupes : que ça se voit que tu n’as rien. Et que c’est juste parce que tu n’aimes pas le sport, que ta chieuse de mère (qui ne peut rien te refuser) te fait dispenser. Ta mère d’ailleurs, qui fait son intéressante, pour de montrer qu’elle est connue et que donc elle ne suit pas les règles imposées aux communs des mortels. Tellement connue, la mère, qu’elle a des médecins complaisants pleins les poches. Genre… ça montre bien tout le crédit que ces gens portent au monde médical. Ils savent sûrement beaucoup mieux que les médecins. Parce que eux, ils ont de l’expérience, ils voient des tire au flanc toute la journée, ils savent les repérer. C’est des malins. Alors tu vas être pénalisée pour le bac ? Ohhhhh… Ils font comment les handicapés ? les vrais, je veux dire, ceux qui sont en fauteuil, par exemple ? Eux aussi ça leur pose problème et néanmoins ils passent le bac quand même et y’en a même qui l’ont. Alors voilà : on fera pareil. Et si ça te pénalise pour le brevet, le permis, ou pour aller sur la lune et bin on verra au cas par cas et on fera au mieux. Mais une chose est sure : dans tous les cas de figure, on se passera de l’avis de cette dame, et des autres.

Sont forts dans ce collège, forts pour me mettre en colère.

 Andréa perdue dans le désert
de l’Education Nationale

 

vendredi 19 juin 2015

Dialogue de sourd

Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, c’est un billet à 4 mains que nous allons écrire l’ado-naissante et moi.
Je me disais, au mois de janvier, que mon billet « Et si on obligeait les gens qui n’ont pas de mains à prendre des cours de piano ? » était un peu dur, voire exagéré. Certes j’étais énervée contre cette idée de l’obliger à assister aux cours de gym. Mais finalement, en adulte raisonnable et responsable, j’ai mis de l’eau dans mon vin, j’ai arrondi les angles et elle est retournée en cours (alors que ses camarades garçons, eux, peuvent rentrer chez eux).
Grosse erreur.
Car pendant que je vaquais à d’autres occupations et qu’elle comptait ses doigts gentiment sur le bord du terrain. La réalité du banc était tout autre…
-         La prof elle a dit que je sais pas ce que je rate.
-          ???
-         Les filles, elles font du saut en hauteur et la prof elle dit que je sais pas ce que je rate. Elle a demandé si ça me plaisait le saut en hauteur, j’ai dit bof, non, et elle a ajouté : mais tu ne sais pas ! T’as jamais essayé tu peux pas dire si c’est bien ou pas ! Tu as tort de ne pas essayer… !
-         Et d’après toi pourquoi elle t’as demandé ça ?
-         Pour que j’essaye
[OMG !!!]
-         Mais tu ne dois pas faire de sport – surtout pas de saut en hauteur
-         Je sais
[Ouf !]
-         Et qu’est-ce qu’elle a dit d’autre ?
-         Que je pourrais avoir besoin de faire du sport plus tard. Que ça va me fermer des portes et que je ne pourrais pas faire le métier que je veux.
[Je vais péter un câble…]
-         Huuuuum…. Autre chose ?
-         Que tous les sports sont bien
-         C’est tout ?
-         Non, elle me demande aussi, de temps en temps, si mon genou va mieux.
[Explosion imminente : 4, 3, 2, 1…­]
-         Ok… J’adore. T’as répondu quoi ?
-         Rien.
-         Et t’en penses quoi ?
-         En fait ça m’a fait l’impression que c’était mon prof principal et que je me faisais engueuler parce que je ne veux pas travailler.
-         Et ?
-         Et ça m’énerve parce que c’est pas ça. Moi j’aimerais bien des fois faire comme les autres ! Ok, y’a des sports que j’aime pas, mais quand elles ont fait danse c’était trop bien, j’aurais trop aimé en faire avec elles !
-         Et tu ne lui réponds quoi quand elle te dit des choses comme ça ?!
-         Rien, je ne sais pas quoi lui dire…
[BOUUUUUUM !]
Bon, bon, bon… Va falloir bosser la répartie… et la confiance en soi... mais surtout la répartie.
 Andréa, maitre zen 4éme dan

lundi 19 janvier 2015

On m'a demandé l'adresse de mon blog et j'ai dit non !

On m’a demandé l’adresse de mon blog et j’ai refusé de la donner.

C’est un peu de ma faute, c’est vrai. Suite à sa dispense de gym, l’ado-naissante ne voulait plus aller au cours. Mais vous savez ce que c’est : y’a des textes, des règles… et des abrutis. Bref, il fallait qu’elle y retourne. Alors au collège on m’a demandé comment j’avais fait pour qu’elle change d’avis et j’ai répondu : j’ai fait une note de blog.

Là, j’ai bien senti comme un flottement chez mon interlocuteur. Du genre : keskelraconte ?! Il a dit : je serais curieux de la lire, et je me suis entendu lui répondre : non.

Non, monsieur, vous ne lirez pas cette note de blog. Parce qu’un blog c’est personnel. Alors oui, je sais ce que vous allez dire : à partir du moment où on raconte sa vie sur Internet, elle ne nous appartient plus vraiment. Et pourtant… ce blog est MON espace de liberté. J’y parle des choses qui me font rire, qui me touchent ou qui me font hurler. J’y parle de vous, de moi, de ma banquière. C’est peut-être comme un journal intime à ciel ouvert, néanmoins, ce qui s’est dit entre ma fille et moi pour régler un problème - qui soit dit en passant était entre vous et elle – ne concerne que nous et le reste de la blogosphère. Cette blogosphère à l’anonymat rassurant, remplie de conseils, de soutiens et de critiques parfois, qui font le sel de l’échange.

Je conçois que cela n’entre pas dans votre logique. C’est bien dommage.

L’explication que je lui ai faite parle d’injustice et de cruauté. Elle n’est pas « éducationnalement » correcte. Elle ne va pas dans les sens des éducateurs de tous poils, des thérapeutes de comptoir, ni des bien-pensants. Elle est la démonstration, que parfois, plutôt qu’un long et inutile combat, il vaut mieux se résigner à compter ses doigts pendant quelques heures. Ce n’est pas un constat d’échec, loin de là, mais une ouverture au débat avec elle et avec les autres internautes. Parce qu’un blog c’est ça : l’échange. Le partage des expériences de chacun.
Je lisais récemment le commentaire d’une blogueuse (que j’aime beaucoup), qui disait :

« J’ai une bonne blague à vous raconter. Ma belle-mère connait mon blog. Adieu. »

L’angoisse de tout blogueur ! Comme je le disais plus haut, notre blog est notre espace de liberté. Et, en tant que tel, il nous sert parfois de défouloir. C’est l’endroit où l’on vide notre sac. Le SEUL endroit où l’on peut dire aux gens qui gravitent autour de nous dans la vraie vie à quel point ils nous emmerdent, usent nos nerfs, pompent notre énergie… mais sans lesquels notre vie serait sans doute moins intense (ou pas). L’endroit où l’on peut leur dire qu’on les hait de tout notre cœur. Des choses qu’on ne peut ABSOLUMENT pas leur dire en face, sans risquer, au mieux, de se prendre la honte de notre vie, ou, au pire ; de provoquer une crise majeure. Une crise, qu’en plus on ne veut pas, parce qu’en vrai, on les aime un peu quand même.
C’est aussi ça un blog : beaucoup de contradictions et de l’amour.

Maintenant, si vous tenez vraiment à lire cette note, rien ne vous empêche de chercher mon blog sur la toile. Si vous le trouvez je vous invite à lire toutes les autres et à les commenter, si le cœur vous en dit. Je vous lirais avec plaisir. Mais je n’en parlerais pas avec vous dans la vraie vie. C’est dit.

 André, contradictoirement blogueuse.

 

 

dimanche 11 janvier 2015

Et si on obligeait les personnes qui n'ont pas de mains à prendre des cours de piano ? (Le coup de gueule, qui dit : y'en à marre !)

Si l’un de nos politiciens avait l’idée – débile - d’imposer des cours de piano à ceux qui n’ont pas de mains, ou des cours de claquettes à ceux qui n’ont pas de pieds : que se passerait-il ? On crierait au scandale. Et on aurait raison !
Car, si on obligeait les personnes qui n’ont pas de mains à prendre des cours de piano : Il y’a ceux qui s’emmerderaient profondément, parce qu’ils n’aiment pas le piano. Et il y’a ceux qui rageraient parce qu’ils auraient adoré jouer du Rachmaninov, mais que sans doigts c’est impossible. Ne serait-ce pas un peu cruel ?
Evidemment, je force le trait, mais, comme tu le sais, public invisible, l’ado-naissante a un problème de genou. Et, depuis deux ans et demi, j’ai l’impression de prêcher dans le désert. Toi qui a lu mes précédents billets (cf : malade imaginaire et pédagogie), tu sais que je n’arrive décidemment pas à ouvrir la mer rouge de l’Education Nationale.
 
J’ai pourtant été sympa :

 J’ai passé l’éponge sur les commentaires à la con, du style :
-         Les enfants à cet âge-là c’est tous des tire-au-flanc !
 
Je suis passée outre le secret médical, souvent. J’ai passé l’éponge sur les commentaires anxiogènes, du type :
-         Les enfants comme toi, ils seront malades toute leur vie
-         Oulààààààà, je suis allée voir sur Internet, c’est super grave ce que tu as !
 
Et les questions qui vont avec « maman, je ne suis pas malade, si ? » Non ma chérie, les handicapés / invalides / empêchés de… NE SONT PAS MALADES.
 
Et je vous fais grâce de ce qu’ELLE peut endurer des adultes et de ses camarades.
Alors à tous ces pédagogues professionnels et diplômés, qui sont là pour instruire nos enfants et nous aider à en faire des adultes meilleurs ( ?), je voudrais dire STOP. Arrêtez de nous aider.
C’est déjà assez difficile comme ça d’expliquer a une enfant ce qu’elle a, alors que clairement on n’est pas aidés.  
Assez difficile comme ça de lui expliquer que le sport c’est pas possible pour elle.
Assez difficile de la mettre en marge de l’univers qui est le sien.
ALORS EST-IL BIEN NECESSAIRE DE L’OBLIGER A ASSISTER AUX COURS DE GYM ?
Car oui, elle doit assister au cours du lundi, pour prendre des notes sur ce que font les autres ( ! ) Parce qu’il est possible, que peut-être, à la fin de l’année, si ils arrivent à s’entendre, ils lui fassent passer une hypothétique évaluation ( ! )
Est-il bien utile de lui montrer, chaque lundi, comme c’est bien le sport, à elle qui ne peut pas en faire ?
Est-il bien utile de lui montrer, chaque lundi, à quel point ses copains s’éclatent sur le terrain ?
Est-il bien utile de la laisser : se faire chier, se geler, regarder passer les avions, compter ses doigts, sur le bord d’un terrain, pour RIEN ?
Je me le demande…
Alors c’est vrai – je me dois d’être totalement honnête – que parfois, elle peut aller en permanence plutôt qu’en cours. En permanence, où elle a deux heures, pour : se faire chier, se geler, regarder passer les pions, compter ses doigts, faire ses devoirs – ou pas – mais pas rentrer à la maison, ah ça non !
 Andréa

mercredi 2 juillet 2014

Pédagogie

Comme vous le savez, l’ado-naissante a un problème de genou (1). Depuis que nous avons découvert cela, j’ai entamé un « pèlerinage pédagogique ». Tel Moïse, j’ai pris mon bâton, pour une longue traversée du désert. Et, je sens qu’elle va être longue, cette traversée…
A chaque nouvelle personne rencontrée, il faut expliquer, raconter, détailler pour essayer de faire comprendre – à des gens que ça ne regarde pas forcément – quel est son problème.
Ça a commencé par la famille :
C’est important la famille, un vrai soutien. Ils sont toujours les 1ers à s’inquiéter et à poser les questions es-sen-tielles.
-          Mais de qui elle tient ça ? Pas de moi en tout cas !
-          Ça doit être du côté de son père ! T’as demandé à son père ?
-          C’est pas grave, hein, ça lui passera en grandissant.
Ça a continué au collège, avec le prof de gym, qui n’arrive pas à comprendre pourquoi un jour elle a des béquilles et que le lendemain elle n’en a plus. Pourquoi elle est dispensée de gym, alors qu’elle n’a rien. C’est basique un prof de gym :
membre cassé = plâtre = feignassage sur le banc
membre pas cassé = cours de gym
Y’a pas d’autres options. C’est pas un prof de maths : il ne peut y avoir ni variables, ni inconnues.
Nous avons tout de même fait l’effort de le rencontrer, pour lui expliquer le problème, avec un petit schéma – pour les nuls, comme on nous l’a expliqué à nous – et il nous a répondu : Les gosses, à cet âge-là, c’est tous des tire-au-flanc (je cite).
Je résume évidemment, y’en a d’autres, et y’en aura encore d’autres.
Si je prends le temps d’écrire ce billet aujourd’hui, c’est parce que nous sommes allées à un mariage ce week-end et que j’ai entendu ma mère raconter que la petite avait un problème au genou, et de me demander :
-          C’est quoi qu’elle a déjà ?
Là, j’ai compris que la traversée serait beaucoup, beaucoup plus longue que prévue…
 
 Andréa, qui compte bien ouvrir la mer Méditerranée, un jour…
 
(1) Rappel, pour ceux qui n’ont pas lu le billet « malade imaginaire » : il lui manque un morceau d’os dans le genou. C’est irréversible, inopérable, irrévocable, ir… vous avez compris l’idée. Sans crier gare, la rotule dévie, provoque un épanchement et tout le genou se bloque. Ça peut durer deux heures, deux jours… Jusqu’à présent, aucun des professionnels de santé que nous avons rencontré n’avait vu ça.